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L'anxiété n'est pas votre problème. C'est votre distraction.

21 mai
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 sept.

Femme entourée d’un tourbillon de pensées, illustrant l’anxiété comme distraction face à des émotions plus profondes

Il existe une forme particulière d’épuisement qui vient avec l’anxiété. Pas l’épuisement d’avoir affronté quelque chose de difficile — mais celui d’avoir presque affronté cette chose, encore et encore, sans jamais vraiment y arriver.


On tourne en boucle. On planifie. On répète mentalement des scénarios catastrophes. On fait des listes. On cherche nos symptômes sur Google. On rejoue des conversations vieilles de trois ans en réécrivant leur fin. On reste éveillé à calculer les conséquences de choses qui ne se sont pas produites et qui ne se produiront peut-être jamais.


Et on appelle cela de l’anxiété.


Mais si l’anxiété n’était pas la chose elle-même ? Et si, parfois, elle servait d’échappatoire ?



L’anxiété et la peur ne sont pas tout à fait la même chose


La peur est souvent plus immédiate et plus précise. Nous pouvons la sentir clairement dans le corps — dans la poitrine, la gorge, le ventre — lorsque quelque chose d’important semble en jeu. Elle nous indique ce que nous aimons, ce à quoi nous sommes attachés, ce que nous avons peur de perdre ou de ne jamais avoir.


L’anxiété peut être plus diffuse et tournée vers l’anticipation : un réseau de pensées, de prédictions et de tentatives pour garder une longueur d’avance sur ce qui pourrait arriver.


Et parfois, l’anxiété peut devenir une distraction. Elle peut nous maintenir en mouvement, produire tellement de bruit et d’agitation que nous n’avons jamais à nous arrêter pour ressentir ce qu’il y a dessous.


Imaginez que vous soyez au bord de quelque chose de terrifiant — une conversation qu’il faudrait avoir, une vérité que vous évitez, un deuil que vous ne vous êtes pas autorisé à vivre. Que se passerait-il si vous vous arrêtiez simplement… ? Si le mouvement s’arrêtait ?


La plupart d’entre nous ne le découvrent jamais. Parce que c’est précisément à ce moment-là que l’anxiété surgit avec une nouvelle inquiétude, un nouveau « et si… ? », un nouveau problème à résoudre.


Elle nous garde occupés.


Et être occupé peut sembler plus sûr que de se tourner vers ce qui nous fait réellement peur.



Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une stratégie profondément humaine.


Notre esprit est remarquablement créatif lorsqu’il s’agit de nous protéger de la douleur. L’anxiété peut être l’un de ses outils les plus sophistiqués — elle peut ressembler à de la productivité, de la vigilance, voire à une forme d’attention aux autres.


Elle peut se déguiser en sens des responsabilités :

Je veux simplement être sûr d’avoir pensé à tout.


Ou en sagesse :

Je réfléchis à la situation.


Les gens autour de vous ne vous diront pas forcément d’arrêter, parce que, vu de l’extérieur, une personne anxieuse peut donner l’impression de travailler très dur.

Et c’est vrai.


Simplement, pas toujours sur ce qui aurait réellement besoin d’attention.


L’ironie, c’est que l’anxiété promet de nous protéger mais peut produire encore davantage de peur. Chaque nouvelle boucle d’inquiétude peut renforcer le message selon lequel ce qui se trouve dessous est trop dangereux pour être approché directement.


Et plus nous l’évitons, plus cela peut prendre de place dans l’ombre.



Et si nous nous tournions plutôt vers la peur ?


Pas pour la réparer. Pas pour vous convaincre qu’elle n’a pas lieu d’être ou essayer de la raisonner à coups de TCC.


Simplement pour devenir curieux.


Et demander :

De quoi ai-je réellement peur ici ?


Ou même :

De quoi une partie de moi essaie-t-elle peut-être de me protéger en me maintenant occupé avec l’anxiété ?


Puis laisser la réponse se déposer quelque part dans le corps, plutôt que de la reconvertir immédiatement en pensée.


Si vous reconnaissez ce mécanisme, vous pouvez aussi lire l'article Quand comprendre ne suffit pas.


Parfois, lorsque nous rencontrons enfin la peur qui se trouve dessous, elle se révèle plus précise — et plus facile à aborder — que l’anxiété qui l’entoure.


Non pas parce qu’elle n’est pas réelle, mais parce que la peur, contrairement à une anxiété diffuse, peut avoir un contour. Une forme. Quelque chose que nous pouvons commencer à reconnaître et avec lequel nous pouvons rester.


Une peur que l’on peut ressentir peut aussi évoluer, se traverser.


L’anxiété, elle, peut continuer à tourner en boucle.



Vous n’avez pas à forcer le passage


Rien de tout cela ne signifie qu’il faudrait avoir honte de son anxiété, ni que la réponse consiste simplement à « ressentir ses émotions » puis passer à autre chose.


Pour beaucoup de personnes, l’anxiété est profondément installée — façonnée par des années pendant lesquelles certaines émotions ne semblaient pas sûres, et où la peur devait être contrôlée plutôt que rencontrée.


Cette histoire mérite de la douceur et, souvent, un véritable soutien.


Cette manière de comprendre l’anxiété comme une réponse protectrice fait partie de mon approche thérapeutique.


Mais si vous vous retrouvez pris dans ce tourbillon — épuisé par le flot incessant de scénarios catastrophes, de peurs concernant l’avenir et de choses que vous ne pouvez pas contrôler — une autre question mérite peut-être d’être posée.


Pas :

Comment puis-je gérer mon anxiété ?


Mais :

Qu’est-ce que mon anxiété essaie peut-être de m’éviter de ressentir ?


Parce que quelque part sous tout ce bruit, quelque chose attend peut-être d’être vu.


Et parfois, cela attend depuis très longtemps.


L’anxiété peut vous dire qu’il est trop dangereux de regarder. Cela peut parfois indiquer que quelque chose d’important se trouve à proximité — non pas une invitation à forcer le passage, mais peut-être à s’en approcher avec curiosité, suffisamment de sécurité et du soutien.



 
 
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